Le Muguet

 Sur le cresson de la fontaine
Où le cerf boit, l’oreille au guet
De sa main glacée, mars égrène
Les grelots d’argent du muguet
Quand viendra la saison nouvelle
Quand auront disparu les froids
Tous les deux nous irons, ma belle
Pour cueillir le muguet des bois
Sous nos pieds égrenant les perles
Que l’on voit au matin trembler
Nous irons écouter les merles
Siffler.

  Théophile Gautier

La Pervenche   

Pâle fleur, timide pervenche
Je sais la place où tu fleuris,
Au pied des monts, ton front se penche          
Pour mieux charmer nos yeux épris !

Une source tout près palpite
Où s'abreuve le merle noir ;
Il y chante et moi je médite
Souvent de l'aube jusqu'au soir.

 C'est dans un sentier qui se cache
Sous ses deux bords de noisetiers
Où pleut, sur l'ombre qu'elle tache
La neige des blancs églantiers

O fleur ! que tu en dis des choses
A mon amour, quand je reviens,
Quand tu me parles à lèvres closes,
Et que mon coeur écoute le tien...

Alphonse de Lamartine

L’AMANDIER

Toi l’amandier au tronc noirci,
Ainsi qu’un vieillard rabougri,
T’es tu demandé si l’hiver
N’avait pas des effets pervers ?

Quand Février vient sur tes branches,
Poser mille corolles blanches,
Dresse ton tronc, heureux et fier,
Tu es le roi de l’univers !

Maguy 8 mars 2007

 

Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur ?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un coeur qui s'ennuie,
Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s'écoeure.
Quoi ! nulle trahison ?…
Ce deuil est sans raison.

C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon coeur a tant de peine!

Paul Verlaine

Comme on voit sur la branche au mois de may la rose,
En sa belle jeunesse, en sa première fleur,
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l'Aube de ses pleurs au poinct du jour l'arrose ;

La grâce dans sa feuille, et l'amour se repose,
Embasmant les jardins et les arbres d'odeur ;
Mais batue ou de pluye, ou d'excessive ardeur,
Languissante elle meurt, fueille à fueille déclose.

Ainsi en ta première et jeune nouveauté,
Quand la Terre et le Ciel honoraient ta beauté,
La Parque t'a tuee, et cendre tu reposes.

Pour obsèques reçoy mes larmes et mes pleurs,
Ce vase pleine de laict, ce panier plein de fleurs,
Afin que vif et mort ton corps ne soit que roses.

 Ronsard